CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Evolution des contenants de soluté

Exposition 2000 - Congrès de la SFAR - Paris

Viard Dominique , Cazalaà Jean-Bernard

date de publication : septembre 2000

  mise en ligne : jeudi 8 mai 2008


L’histoire des récipients de soluté de perfusion se confond à son début avec celle des contenants de solutés parentéraux. Préparés le plus souvent par dissolution d’une substance dans de l’eau distillée, les liquides à injecter qui prendront le nom de solutés dans l’édition de 1908 de la pharmacopée, sont transférés dans des seringues ou des récipients en communication avec l’air ambiant réutilisable et multidose en métal puis en verre. Après l’invention de l’aiguille creuse vers 1849, son emploi se généralisa ainsi que celui de la seringue pour les faible volumes et des systèmes pneumatiques pour les volumes plus importants. Comme pour les autres injectables, l’évolution des contenants de gros volume pour perfusion verra, en un siècle, le développement du concept de l’usage unique et de la standardisation qui permettra une production industrielle de ces médicaments nés en pharmacie hospitalière.

Les systèmes réutilisables multidose 1831 – 1900

En 1831, le choix de Thomas LATTA se porte sur la seringue de READ pour administrer à ses patients atteints de choléra les 2 à 3 litres d’eau additionnée de muriate (chlorure) et de sous carbonate de soude afin de compenser les pertes très importantes subies par l’organisme atteint de cette infection. Cette pratique d’injections intraveineuses salines en grande quantité fera l’objet d’adaptation en France par Auguste Philibert DUCHAUSSOY puis par Georges DUJARDIN-BEAUMETZ en 1875 et par Georges HAYEM qui l’utilisera avec ses internes LESAGE et GAILLARD lors de l’épidémie de choléra de Paris de 1884. Différents systèmes multidoses et peu précis seront inventés et commercialisés, parallèlement à des seringues de grande dimension dont la conception est améliorée par CHARRIERE et MATHIEU, afin de mettre la transfusion et cette technique à la portée des services de soins : gravitateur de BLUMDELL, phlébitoenème, appareil de Georges HAYEM, transfuseur de DIEULAFOY, appareil de BURLUREAUX, appareil de GRIMBERT, appareil de COLLIN. (fig. 1-2)

L’ampoule unidose à usage unique et les flacons unidoses stériles réutilisables 1886-1960

Les exigences de l’asepsie de l’ère pasteurienne allaient favoriser le développement de contenants unidose, prêts à être administrés (sans transvasement préalable) et à usage unique en appliquant aux gros volumes l’invention des ampoules hypodermiques de l’ingénieux Stanislas LIMOUSIN (1886). (fig. 3)

Enfermés dans des espèces de ballons en verre fermés à la lampe les sérums artificiels pouvaient être soumis à la stérilisation et être maintenus stériles jusqu’à leur utilisation. Une des deux pointes de l’ampoule est recourbée sur elle-même formant un crochet de suspension qui facilite la pratique de l’injection en permettant de fixer l’ampoule à une hauteur telle que par gravité la pression soit suffisante pour la pénétration du liquide. Sur l’autre pointe, après cassure, est adaptée le tube qui va relier l’ampoule à l’aiguille posée dans la veine. L’écoulement du liquide est provoqué par la cassure de l’extrémité de la première pointe (qui contient un filtre à air en coton préconisé par SCHROEDER et VANDUSCH en 1886) et le débit est réglé par l’écrasement du tube par une pince de Murphy.

Ces ampoules à sérum à "2 pointes sur une capacité cylindrique de gros diamètre" dont le volume varie de 60 à 1 000 cm3, prépondérantes jusqu’en 1946 disparaîtront devant les difficultés de fabrication et la concurrence étrangère.

Parallèlement, se développent les flacons de verre gradués stérilisables unidoses mais réutilisables qui moins fragiles utilisent eux aussi la force de la gravité. Ils sont dotés d’une chambre en compte-gouttes par le Docteur HALLION, élève de G. HAYEM, mais cette dernière sera progressivement incorporée au tube de caoutchouc qui prendra le nom de tubulures de perfusion. Puis dans le bouchon est introduit une canne de verre plongeant jusqu’au fond du flacon (qui permettra l’entrée d’air) et un petit tube obturé par un protecteur en caoutchouc (sur lequel sera adaptée la tubulure). (fig. 4-6)

Vers le flacon de verre à usage unique standardisé de production industrielle (1931-1990)

Une meilleure connaissance de la perfusion et les progrès de la réanimation généralisent l’utilisation des solutés dans les hôpitaux et engendrent l’industrialisation de leur production. La Société BAXTER aux Etats-Unis commercialise le premier flacon pour perfusion avec bouchon en caoutchouc transperçable : le Vacoliter® qui ne sera introduit en France qu’en 1945. (fig. 7)

En France, le bouchon transperçable assez souple et assez rigide pour assurer l’étanchéité après avoir été traversé par une aiguille est utilisé à la fois sur des ampoules-flacon (Sertix) et sur des flacons en verre moulé créé spécialement pour la transfusion sanguine. Une capsule en aluminium vissée sur le col du flacon tient le bouchon sur lequel seront adaptés côte à côte une prise d’air et la tubulure équipée de deux aiguilles (trocard à bouchon et aiguille de veine). Elle deviendra transparente et à usage unique à partir de 1950 par l’emploi du polychlorure de vinyle (PVC).
Réutilisables, ces flacons deviendront à usage unique grâce à la baisse spectaculaire de leur coût de production liée à une envolée de leur consommation. De capacité 125, 250, 500 et 1 000 ml en verre blanc de haute résistance hydrolytique et produit industriellement à la chaîne après l’avoir été en petites séries à l’hôpital, ils se différencient des flacons de sang par leur col étroit, leur bouchon serti, leur étiquetage informatif et un remplissage sous vide permettant, par le marteau d’eau, la vérification de leur intégrité au moment de l’administration.
Ils deviennent des spécialités pharmaceutiques soumises à autorisation de mise sur le marché tout en maintenant des formules à la demande pour répondre aux besoins des anesthésistes-réanimateurs. En France, la norme AFNOR NFS 90 191 standardise les flacons de verre pour perfusion en 1971 confirmant le spectaculaire développement de cette forme injectable qui s’est enrichie de solutés de remplissage, de solutés d’acides aminés et d’émulsions lipidiques. Elle sera suivie d’une nouvelle norme en 1986 puis en 1989 d’une norme internationale ISO 8362 et de normes européennes en 1993 NF EN 28362.

Le développement des polymères de synthèse (à partir de 1971)

Les polymères de synthèse, qui avaient remplacé avec succès le caoutchouc des bouchons et des tubulures de perfusion, apparaissent dans les contenants de perfusion en 1971 avec la commercialisation aux Etats-Unis de la poche Viaflex® en polychlorure de vinyle par les Laboratoires BAXTER. Ils apportent légèreté, résistance, une large gamme de volume et l’impossibilité d’une contamination par l’air mais sans régler les problèmes de compatibilité contenant-contenu. L’introduction d’autres polymères et de poches composites va permettre, en 1990, la commercialisation des premières poches industrielles contenant des mélanges ternaires (glucides, lipides et protides) de conservation suffisante pour être utilisées en milieu hospitalier. Le flacon semi-rigide (en polypropylène puis en polyéthylène) et la poche souple offrant des volumes de 50 à 3 000 ml vont se substituer aux flacons en verre dans pratiquement tous les pays européens à la fin des années 1980. (fig. 8)

Ainsi, en moins de deux siècles, les contenants de perfusions ont progressé par petites étapes pour rendre l’acte de perfusion toujours plus facile et plus sécurisé en incorporant successivement les connaissances pharmaceutiques et les innovations technologiques.