CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Liberté des voies aériennes supérieures (1ère partie)

Origines de la trachéotomie et de l’intubation oropharyngée ou orotrachéale jusqu’en 1847

Cazalaà Jean-Bernard

Numérisé par : BIUM
  mise en ligne : dimanche 6 octobre 2019


La liberté des voies aériennes supérieures (VAS) chez un patient inconscient ou sous anesthésie générale est un dogme que nous respectons impérativement en pratique quotidienne. Nous l’apprenons dès le début des études paramédicales, médicales ou même de secourisme. Pour tous, il semble avoir toujours existé mais ce dogme a mis beaucoup de temps pour se développer.
Cette histoire aura plusieurs articles : origines de la trachéotomie et de l’intubation oropharyngée ou orotrachéale avant 1847. les techniques pour lutter contre l’obstruction des VAS jusqu’en 1908, les canules oropharyngées, l’intubation trachéale après la découverte de l’anesthésie, le masque laryngé.

Avant l’anesthésie

Dès l’antiquité, l’obstruction des VAS est perçue comme mortelle. Ainsi nous retrouvons dans les textes l’origine de la trachéotomie et de l’intubation oropharyngée ou orotrachéale.

les origines de la trachéotomie

La première notion de trachéotomie aurait été retrouvée en Égypte plus de 3000 ans avant JC.

Stéle Aha trachéotomie (vers 3150 avant JC)
Stèle Djer trachéotomie (vers 3150 avant JC)

Deux stèles des pharaons de la première dynastie retrouvées par Petrie et Saad (Aha, Abydos et Djer, tombe Hemaka à Saqqara) montrent des gravures évoquant la réalisation d’une trachéotomie. Ces tablettes montrent deux hommes en face l’un de l’autre, l’un est accroupi et l’autre assis avec tête et tronc rejetés en arrière, les mains liées derrière le dos. Le premier applique au dessus du sternum du second, un instrument long et mince à pointe losangique.

Mais ces explications sont rejetées par beaucoup qui ne voit là que la représentation symbolique de la fête du Hed-Sed (jubilé royal tous les 30 ans pour insuffler un élan vital au pharaon vieillissant).

Cependant au cours de l’Antiquité, la notion de trachéotomie apparait épisodiquement dans quelques écrits :

  • Les égyptiens utilisaient des roseaux insérés dans la trachée à travers la peau pour ventiler (1).
  • Homère (-800 ; -740) conte la survie d’un patient qui suffoquait en lui ouvrant la trachée.(2).
  • Hippocrate (-460 ; -375) préconise l’introduction d’une flûte droite de berger dans la gorge en cas d’esquinancie suffocante (angine) ou de sténose (3).
  • Alexandre le Grand (-356 ; - 323) ouvre avec son épée la trachée d’un soldat s’étouffant avec un os (2).
  • Asclépiade de Bithynie (-124 ; -40) recommande la trachéotomie comme ultime remède à l’asphyxie (3).

La description détaillée d’un trachéotomie d’après la technique d’Antillus (médecin grec exerçant à Rome au deuxième siècle) apparait dans les écrits de Paul d’Égine (625-690) (4) mais nous ne retrouvons de trachéotomie prouvée réalisée chez l’homme qu’en 1502 selon les écrits de Antonio Benivieni (1443-1502).

Paul d’Égine (625-690)
Origine Académie de médecine
Antonio Benivieni (1443-1502)

À partir du XVIème siècle, les écrits se multiplient, tant sur la technique que sur les canules. cette technique devient donc une pratique au XVIIème siècle :

  • Realdo Colombo (1516-1559) cite la technique de trachéotomie de Vésale et détaille la méthode pour réaliser celle-ci (6).
  • Girolamo Fabrizi d’Acquapendente (1537-1619), élève de Gabriele Falloppio (1523-1562) préconise la trachéotomie bien qu’il n’en est jamais pratiqué (7),
  • Giulio Cesare Casseri (1552–1616), élève d’Acquapendente, réalise une trachéotomie et insère une canule en argent, courbe, plate percée de trous et maintenue par un fil noué sur la nuque (8).
Casserius Giulio Cesare (1552-1616), technique trachéotomie
  • En 1620, Nicolas Habicot (1550-1624) publie : "Question chirurgicale, par laquelle est démontré que le chirurgien doit assurément pratiquer l’opération de la bronchotomie, vulgairement dicte laryngotomie ou perforation de la fluste ou tuyau du polmon" (9).
Livre sur bronchotomie Nicolas Habicot (1620)
Origine BIU Santé Paris
Gravure livre Habicot 1620
Origine BIU Sante
Légendes figure livre Habicot 1620
- Télécharger le livre de Nicolas Habicot :
Question chirurgicale par laquelle il est démontré que le chirurgien doit assurement pratiquer l’operation de la bronchotomie
Schématisation de la technique hippocratique d’intubation du pharynx avec une flute droite de berger.

les débuts de l’anesthésie où la perte de conscience était très légère et très courte. Il n’était pas rare que le patient bouge se réveille en cours d’intervention, le but était d’abolir la conscience de la douleur chirurgicale (je n’ai rien senti, disait les patients après l’intervention) et si le patient bougeait, c’était beaucoup moins qu’avant quand l’anesthésie n’existait pas. La perte du tonus des muscles des voies aériennes supérieures n’était pas atteinte.
Au fur et à mesure de l’utilisation de l’éther et du chloroforme


1. Keys EK. The history of surgical anesthesia. New York Schuman ; 1945 p,6. (reprint by Park Ridge, Wood Library-Museum of anestjesiology, 1996).
2. Fisher JM. The earliest records, Resuscitation 2000 ; 44 : 79-80.
3. Julliard D. Contribution à l’étude de l’histoire de la trachéotomie, de l’intubation et du laryngoscope en anesthésie. Thèse Lyon 1983
4.Briau R. Chirurgie de Paul d’’Égine texte grec traduit en français par l’auteur, Paris, Victor Masson 1855. (chap, XXXIII p 164-7)
5. Benivienius A. De abditis nonnullis ac mirandis morborum et sanationum causis liber. A. Cratander, Basileae Cap. 58 ; 1529 : 241-2.
6. Colombo R. De re anatomica libri XV, Venice 1559.
7. Acquapendente GF. Opera chirurgica, Padoue, 1617.
8. Casserius I. De vocisavditvsque organis historia anatomica. Ferrara : Baldimus ; 1600. Lib. I, Cap. XX : 119-24 u. Tab. XXII.
9. Louis A. Mémoire sur la bronchotomie. Mémoires de l’académie royale de chirurgie Tome quatrième, Paris P Alex Le prieur 1768 (p, 476-483).
5. Hippocrate. Traité de l’air, de l’eau et des lieux.