CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Le « Fume-liqueur » ou « Pipo-éther », ancêtre des appareils actuels de vapotage.

C.H.A.R.

  mise en ligne : jeudi 8 décembre 2022




Marguerite Zimmer dans son livre « Histoire de l’anesthésie Méthodes et techniques au XIXe siècle » nous fait découvrir un inhalateur de 1847 : le « Fume-liqueur ou Pipo-éther de Balthazard de Simoni ».

Figure 1 : Dessin du « Fume-liqueur » ou « Pipo-éther ».
(Les lettres encadrées ont été rajoutées pour une meilleure compréhension.)

Dans le brevet d’invention N° 5069 du 13 février 1847 (©Archives de l’Institut National de la Propriété Industrielle) pris pour 15 ans il est décrit comme suit :

" Le petit instrument que j’ai imaginé a à peu près la forme et l’étendue des pipes, comme on peut le voir sur la figure ; il convient mieux qu’il soit en cristal ou verre qu’en toute autre matière.

Le tube d’inspiration CB peut être plus ou moins long, d’un diamètre plus ou moins considérable, droit ou courbe ; son orifice B peut être circulaire ou aplati, il peut être libre ou bouché avec du liège ou toute autre matière élastique, ou porter un bouchon rodé.

Il se compose de trois parties d’une seule pièce, le tube d’aspiration AB, le réservoir CA et le tube d’introduction de l’air CDE (fig. 1).

Le réservoir AC peut être un ellipsoïde allongé, ou un cylindre ou une sphère ; la forme cylindrique allongée paraît la meilleure ; sa capacité, sa forme et ses dimensions peuvent varier à l’infini.

Le tube d’inspiration CB peut être plus ou moins long, d’un diamètre plus ou moins considérable, droit ou courbe ; son orifice B peut être circulaire ou aplati, il peut être libre ou bouché avec du liège ou toute autre matière élastique, ou porter un bouchon rodé.

Le réservoir AC peut être un ellipsoïde allongé, ou un cylindre ou une sphère ; la forme cylindrique allongée paraît la meilleure ; sa capacité, sa forme et ses dimensions peuvent varier à l’infini.

Le tube d’introduction de l’air CDE doit être courbé comme l’indique la figure et son orifice E peut s’élever plus ou moins le long du tube AB ; il peut être libre ou bouché comme l’orifice B du tube AB.

Les résultats utiles produits par la disposition simple de ce petit appareil sont nombreux.

En mettant, une liqueur, une essence aromatique, un Éther quelconque dans la moitié, le tiers, le quart plus ou moins du réservoir CA et en aspirant par le tube AB, l’air est forcé d’entrer par l’orifice E du tube ECD et de traverser le liquide en se chargeant de ses vapeurs qui vont s’épanouir dans la bouche et dans la gorge en y développant toutes les sensations de goût et d’odorat qui leurs sont spéciales ; ainsi l’on distingue toutes les nuances de liqueurs ou d’essences les unes des autres comme si on les buvait.

Ces sensations sont délicates et peuvent être prolongées autant qu’on le désire sans fatiguer l’estomac bien qu’elles agissent sur le système nerveux et sur le cerveau comme le feraient les liqueurs elles mêmes ; on peut augmenter l’effet en plongeant l’extrémité inférieure de l’instrument pendant tout le temps qu’on aspire dans l’eau tiède ou chaude ; outre la dégustation des vins, eaux de vie, liqueurs dont cet instrument rend les moindres nuances perceptibles : la bouche et l’haleine peuvent encore être parfumées et rester parfumées pendant vingt quatre heures lorsqu’on aura versé (?) par cet instrument des essences de fleurs de roses, de violettes, d’orangers ou simplement des fleurs de violette, de rose ou d’oranger soit entassées dans le réservoir avec ou sans eau avec de l’esprit ou des essences ; mais pour introduire ces fleurs dans le réservoir il faut y ajouter une tubulure un peu plus large, vers le point A.

Enfin aucun instrument ne peut l’emporter sur celui-ci pour respirer les vapeurs d’éther car jamais ces vapeurs ne peuvent arriver sans air à la bouche puisque la condition indispensable est que l’air lui-même entrant par l’orifice E apporte les vapeurs dont il s’est chargé.

La disposition de l’instrument permet encore de graduer soi-même et à volonté la force de la vaporisation puisqu’en inclinant plus ou moins l’instrument, l’air aura à traverser des couches de liquide d’épaisseur variable, et même pourra seulement effleurer la surface du liquide si l’instrument est horizontal, le tube ED tourné en haut".

Commentaires :

Cet appareil ne pouvait pas servir à éthériser en raison de sa taille (taille d’une pipe) et du diamètre du tuyau d’inspiration. Tout au plus permettait il d’avoir une action comme un narguilé ou plutôt comme un appareil de vapotage actuel. On a rien inventé !